Espace Généraliste 2

Je décline les ’’invitations’’ de la CPAM

samedi 16 septembre 2006 par JUNG Georges

La caisse me propose la visite d’un médecin conseil pour m’informer sur la polymédicamentation. J’ai la chance d’avoir un service médical de caisse ouvert, intelligent et confraternel. Pourtant je vais décliner cette « invitation » comme je décline celle des délégués de l’assurance maladie (DAM) pour commenter mon activité et m’inciter à agir comme ceux qui font statistiquement mieux en termes de dépenses.

Je vais la décliner car je ne peux cautionner le fait que les institutions proposent des « outils » pour me sensibiliser à une problématique que personne n’ignore mais qui est pour une part dominante conséquence des conditions d’exercice déplorables que m’imposent ces mêmes institutions via la convention actuelle et leur politique d‘organisation de l’usage des soins.

Qu’on permette d’abord au médecin généraliste traitant d’avoir plus de temps dans ses actes et de pouvoir faire annuellement une synthèse inventaire pour chacun de ses patients. C’est une tarification au moins identique en niveau de celle des autres spécialités. C’est un acte annuel de synthèse pour tout patient de niveau au moins égal au forfait ald d’aujourd’hui. C’est l’arrêt de la pollution des actes médicaux par des contingences de gestion purement administrative.

Qu’on permette au médecin généraliste traitant d’être celui qui a pour mission de faire la synthèse, le tri et l’adaptation personnalisée des prescriptions de chaque patient. C’est sortir de cette politique du médecin traitant archiviste de dossier, témoin à distance du ping pong intra et inter-spécialités encouragé par la campagne des caisses pour l’accès direct ou par le refus de définir et faire respecter le bon usage de la permanence de soins et des services d’urgence.

Qu’on permette au patient d’avoir une stabilité des prescriptions et non une valse des noms, présentations au nom de la substitution et des génériques, ou une surenchère et modification intempestive de traitement au nom de l’émulation concurrentielle pseudo optimisante entre acteurs de soins et du libre accès bien mal compris et utilisé.

Qu’on permette au couple médecin patient de fonctionner dans la sérénité. C’est la maitrise de ces campagnes d’information assainées, mal adaptées au rythme de l’individu et générant des angoisses ou besoins ressentis incontrôlables et des comportements inadaptés ou instables vis à vis des prises en charge et traitements. C’est la maitrise de l’installation de ces organisations diverses de soins qui s’empilent, s’emmêlent, se concurrencent, marginalisent volontiers le médecin généraliste traitant et compliquent souvent plus qu’elles ne solutionnent la prise en charge globale, personnalisée, coordonnée et durable d’un patient.

Toutes ces visites de la part de l’assurance maladie pour modifier les comportements des médecins et calquées sur les mêmes techniques décriées quand il s’agit de l’industrie pharmaceutique, ne seront crédibles que lorsqu’on modifiera les causes structurelles à l’origine de la majorité des problèmes de la polymédicamentation. Alors on pourra avoir des entretiens positifs pour optimiser de façon personnalisée notre activité de soins. En attendant le médecin généraliste traitant écope sans fin pour limiter les effets délétères des conditions d’exercice et d’usage des soins qu’on lui impose.

Aussi je décline les « invitations » et espère que beaucoup de confrères feront ainsi.


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